Le premier choix qui s’offre au vinificateur n’est pas le moindre, puisqu’il pose incontestablement la question de la définition produit, du style de rosé que l’on souhaite élaborer et des objectifs. Elabore-t-on du rosé pour concentrer une cuvée de rouge ou pour élaborer un produit en tant que tel ?
Pour élaborer des rosés de pressurage direct frais et fruités, il n’est pas nécessaire d’avoir des vignes possédant un rapport feuilles/fruits supérieur à 1.2 m2/kg. Avec des rapports feuilles/fruits élevés, on obtient des vins plus concentrés, où la richesse en polyphénols peut compromettre le potentiel aromatique.
Dans le cas des rosés de saignée, le choix de la maturité est guidée par les contraintes d’élaboration de vins rouges. Pour les rosés de pressurage direct, le choix est plus libre : les essais réalisés par l’IFV Sud-ouest sur Côt, Duras, Négrette et Marselan en 2005 et en 2006 ont montré qu’il valait mieux privilégier une légère sous-maturité. La première date de récolte est globalement mieux appréciée. Sur des maturités plus poussées, on privilégie le volume en bouche, le gras et on obtient un rosé plus vineux.
Comme pour les vins blancs, c’est dans les premières heures après la récolte et bien avant le départ en fermentation alcoolique que se joue le devenir et la qualité du futur produit. La protection contre l’oxydation est l’élément clé. Voici quelques conseils faciles à mettre en oeuvre pour l'élaboration de rosé de pressurage direct :
Pour obtenir des rosés de qualité et aromatique et éviter les arômes herbacées et de réduction, les moûts de saignée ou de pressurage direct doivent être débourbés avant mise en fermentation. La turbidité mesurée en NTU doit être inférieure à 200.
Pour l'inertage des moûts, le CO2 contrairement à l’azote est plus lourd que l’air et possède l’avantage de former une couche protectrice au-dessus du moût. Il se dissout par contre dans le moût ou le vin. Sur moût, il est préférable d’utiliser du CO2 et sur vin du N2 ou un mélange CO2/N2 afin d’éviter l’enrichissement en CO2 ou la décarbonication. Le CO2 est par contre légèrement plus cher. En ce qui concerne l'acide ascorbique ou vitamine C, il est autorisé sur vendange comme anti-oxydant depuis peu. Il est efficace mais doit impérativement être utilisé avec le SO2, dans le cas contraire son oxydation conduit à la formation de molécules catalysant les réactions d’oxydation
La gestion de la macération et la question de la couleur d’un rosé sont décisives. La perception de la couleur par le consommateur est fondamentale dans l’acte d’achat. La couleur du moût à la fin de la période de macération est très éloignée de celle du produit fini car, ne serait-ce qu’à l’issue de la fermentation, le vin va perdre 50% de son intensité colorante. D’autres pertes en intensité surviendront lors de l’élevage et lors de la filtration. Il reste très délicat d’évaluer le temps de macération approprié qui dépend de la maturité du raisin et de la température. Sa détermination reste le plus souvent empirique. Il faut faire attention à ne pas sous-estimer la couleur, car le SO2 possède un effet décolorant réversible. Des temps de contact de 3 à 10 h à la température de 15-20°C sont en général suffisants.
En fonction du choix de l’intensité du débourbage, de la souche de levure et de la température de fermentation, il est possible de faire varier la palette aromatique du rosé.
Un moût rosé dépouillé de ses bourbes et fermentant à des températures inférieures à 20°C, est un milieu plus difficilement fermentescible qu’un moût rouge. L’enherbement est une pratique viticole qui contribue à appauvrir le moût en azote assimilable (ion ammonium, acides aminés). Il est ainsi vivement recommandé, pour assurer un bon déroulement de la fermentation alcoolique, de supplémenter le moût avec des compléments azotés. Les levures ont besoin d’azote lors de leur phase de multiplication lorsque la densité a chuté de 20 à 30 points. Un autre apport peut être réaliser à 1030. 30g/hl d’activateur de fermentation apportés en 2 fois constituent une bonne base.
Les vins rosés possédant 4 à 6 g/l de sucres résiduels sont mieux appréciés à la dégustation que les vins secs (<2g/l). On peut ainsi choisir d’arrêter la fermentation avant la fin de la fermentation alcoolique. Dans ce cas pour arrêter la fermentation, il est préférable de refroidir la cuve à 10°C, éliminer la biomasse levurienne par soutirage et procéder au sulfitage. Pour éviter les problèmes de refermentation, il est recommandé de filtrer les vins stérilement et/ou d’utiliser du sorbate de potassium.
Le gaz carbonique participe au maintien de la fraîcheur et du fruité, il diminue la sensation de rondeur et renforce les saveurs astringentes ou amères des polyphénols. C’est pour ces raisons qu’il est conseillé de le suivre et de l’ajuster si nécessaire. Les valeurs couramment admises pour les vins rosés varient de 700 à 900 mg/l.
Le vin rosé est un vin léger, fruité qui doit être dégusté dans sa jeunesse. Les élevages longs ne présentent guère d’intérêt, hormis les élevages sur lies qui peuvent renforcer le gras et la longueur des vins. Ils n’ont d’intérêt qu’après une période d’au-moins 3 mois et souvent 6 mois sur lies. D’un point de vue technique les vins rosés peuvent être mis en bouteille précocement quelques mois après les vinifications. Ils ne se bonifieront que rarement avec le temps. Les seuls obstacles : le début de la période des agréments et la période hivernale peu propice dans l’hémisphère nord à la consommation de vins rosés !!