Les fiches pratiques

L'Esca

Connue des Grecs et des romains, l'Esca est la plus ancienne des maladies décrites sur la vigne. Il s'agit de l'une des plus graves puisqu'elle s'attaque à la charpente de la souche.

Quels sont les symptômes foliaires de l'Esca ?

Les symptômes foliaires sont caractéristiques de la forme dite lente. Cette forme d'Esca se manifeste par une coloration internervaire, jaune sur cépages blancs, et rouge sur cépages noirs, qui évolue progressivement vers un dessèchement. A la différence du BDA, on peut observer, systématiquement, un liseré jaune entre tissus nécrotiques et tissus sains.

esca-cepage-noir Esca-cepage-blanc
symptômes foliaires sur cépage noir symptômes foliaires sur cépage blanc

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Qu'est-ce que la forme dite apoplectique de l'Esca ?

On appelle forme apoplectique la forme sévère caractérisée par un dessèchement rapide en quelques heures ou quelques jours de tout ou partie du cep. On peut confondre ces symptômes à ceux liés à une alimentation hydrique interrompue (pourridié) ou diminuée (folletage, étranglement du tronc).

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Quels sont les symptômes caractéristiques de l'Esca au niveau du bois ?

Dans le bois, on peut observer deux types de nécroses :

  • nécrose centrale : zone claire et tendre (A), cernée par un fin liseré noir (B) entouré d'une zone marron à rose (C)
  • nécrose sectorielle : zone claire et tendre, entourée par une zone dure brune à noire

La présence d'amadou ou pourriture blanche, caractérisée par du bois clair, dégradé et mou, est souvent constatée au centre des nécroses.

esca-necrose-centrale esca-necrose-sectorielle
nécrose centrale nécrose sectorielle

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Quand peut-on observer les symptômes de l'Esca ?

Comme pour l'eutypiose, les symptômes foliaires peuvent apparaître ou non d'une année à l'autre. Il peuvent apparaître dès le mois de juin et sont en général facilement identifiables en juillet. L'observation des symptômes fin août permet de connaître l'étendue de la maladie. La forme apoplectique peut être favorisée lorsqu'une période chaude et sèche suit une pluie.

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Quels sont les champignons associés à l'Esca ?

Plusieurs dizaines de champignons sont vraisemblablement impliqués dans cette maladie très complexe. Phaeomoniella chlamydospora et Phaeoacremonium aleophilum sont les champignons précurseurs de l'Esca. Fomitiporia mediterranea est le champignon responsable de l'amadou. Le rôle exact d'Eutypa lata dans cette maladie est encore inconnu. La conservation des champignons se fait sur ceps malades ou morts, mais d'autres espèces ligneuses peuvent abriter ces champignons. La dissémination des spores de P. aleophilum semble s'effectuer pendant la période végétative, alors que celle de P. chlamydospora et d'E. lata s'effectue toute l'année. La contamination se fait notamment via les plaies de taille lors de périodes hivernales douces et pluvieuses. Le nombre et la dimension des plaies de taille sont des facteurs qui favorisent l'esca.

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Quelle méthode de lutte chimique ou biologique contre l'Esca ?

A ce jour, il n’existe pas de méthode de lutte chimique ou biologique validée au vignoble. Le seul produit homologué était l'arsénite de sodium. Il a été interdit depuis novembre 2001, en raison de ses effets cancérigènes et toxiques sur la santé humaine. Une étude réalisée par la MSA en 2000, avait montré que les protections utilisées n'étaient pas suffisantes pour assurer une bonne protection des utilisateurs. L'Escudo était la seule spécialité commerciale homologuée contre l'Esca et devait être badigeonné sur les plaies de taille à l'aide de pinceau, de tampon. Son usage est aujourd'hui interdit.

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Quelles méthodes de lutte prophylactique contre l'Esca ?

Ce sont les seules méthodes de lutte efficaces. Il est important de les mettre en place dès à présent afin de diminuer la quantité d’inoculum et les risques de contamination :

  • dès la plantation, vérifier la solidité du point de greffe sur les jeunes plants
  • réaliser l’épamprage à l’aide d’un sécateur et non pas à la main afin d'éviter les grosses plaies et la nécrose des tissus
  • éliminer et brûler les tas de souches mortes
  • éviter si possible les tailles en Guyot à grosses plaies de taille
  • restaurer les pieds malades

Une expérimentation menée au Lycée agricole de Saintes, mise en place en 1990 par le groupe de travail Eutypiose Charentes et suivie par la Station Viticole du BNIC a montré l’inefficacité de la taille tardive réalisée en période de pleurs à l’égard de l’Esca et du BDA. En effet, les ceps suivis présentent autant de symptômes foliaires caractéristiques de ces maladies lorsqu’ils sont taillés en période de repos ou de pleurs. Malgré la protection hivernale assurée par les sarments et la protection mécanique des pleurs, ces champignons possèderaient la capacité de pénétrer par les plaies de taille après la période de pleurs ou l’aptitude à contaminer d’autres plaies réalisées lors des opérations en vert (épamprage ou ébourgeonnage). La taille tardive s’avère par contre une méthode prophylactique très efficace dans la lutte contre l’eutypiose. La Station Viticole du BNIC a également montré que même s’ils possédaient une certaine efficacité dans la protection des plaies de taille face à l’eutypiose, les mastics ou encore l’escudo (interdit depuis 2007), s’avéraient sans efficacité sur l’expression des symptômes foliaires d’Esca ou de BDA.

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Quelles peuvent être les conséquences de l'Esca ?

L'Esca attaque la charpente des souches et conduit à plus ou moins long terme à la mort du cep. Les répercussions les plus rapides sont la destruction du feuillage et la destruction des grappes.  A plus long terme, par le biais des remplacements des manquants, l'Esca peut conduire à une hétérogénéité ou un rajeunissement des parcelles de vigne.

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L'Esca peut-il se transmettre par les outils de taille ?

Une étude menée par l’IFV entre 2004 et 2006, a montré que l’un des champignons pionniers de l’Esca (Phaeoacremomium aleophilum) ne se propageait pas par les sécateurs. Cette étude vient confirmer des observations déjà réalisées par l’INRA de Bordeaux entre 1997 et 2002 pour un autre champignon pionnier (Phaeomoniella chlamydospora). La désinfection des outils de taille entre chaque pied pour empêcher les contaminations par les champignons responsables de l’Esca, apparaît ainsi complètement inutile. A signaler toutefois que cette opération reste indispensable sur les parcelles atteintes de nécrose bactérienne.

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Quel est l'intérêt des Trichoderma, des pulvérisations et des injections dans la lutte contre l'Esca ?

Les Trichoderma ne permettent pas de protéger efficacement les plaies de taille contre les champignons pionniers de l’Esca ou du BDA. C’est le principal résultat qui ressort d’une étude menée par l’IFV entre 2005 et 2007, portant sur 13 Trichoderma. Un léger effet retardeur de croissance a pu être observé sur Eutypa lata, responsable de l’eutypiose, même si l’utilisation de Trichoderma n’a pas bloqué son développement. Un produit, à base de Trichoderma, a été récemment homologué sur l’eutypiose, mais les méthodes d’évaluation sont controversées. Les Trichoderma ne présentent pas plus d’intérêt en pépinière lorsqu’ils sont utilisés durant les étapes de trempage, de stratification ou sur les greffes-boutures lors du greffage. Les essais de pulvérisation au vignoble sur le cep en hiver ou l’application d’un compost au sol riche en Trichoderma, ne se sont pas avérés plus concluants. Différents essais de pulvérisation de fongicides, de Stimulateurs des Défenses Naturelles (SDN) ou de fertilisants, en préventif sur les plaies de taille ou en curatif sur vigne établie pour diminuer l’expression des symptômes, n’ont abouti à aucun résultat significatif. De la même manière, toutes les tentatives d’injection, en curatif dans le cep atteint, de substances actives diverses et variées, se sont soldées par des échecs et des effets peu durables dans le temps, et ce malgré une manipulation longue d’environ 10 minutes par cep.

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Quelle est l'importance des champignons responsables de l'Esca en pépinières ?

Des enquêtes réalisées auprès des pépiniéristes du Sud-Est et du Sud-Ouest ont montré que les plants, à la sortie de la pépinière hébergaient la plupart des champignons associés aux maladies du bois. Leur présence dans les plants est plus ou moins importante selon les lots analysés, en fonction du matériel végétal et/ou du processus de fabrication des plants. Les pépiniéristes ne disposent à ce jour d’aucun moyen leur permettant de trier les bois contaminés pour les éliminer. Les étapes-clés du processus d’élaboration des plants, au cours desquelles se produisent les contaminations ont pu être identifiées : il s’agit des étapes de réhydratation et de stratification qui se déroulent dans des conditions chaudes et humides, particulièrement favorables à la croissance des champignons impliqués. Les études en cours portent sur la recherche de méthodes de désinfection du matériel végétal. Parmi les différentes méthodes de désinfection testées à ce jour (cryptonol, eau de Javel, traitement à l’eau chaude, fongicides, microorganismes et essences de végétaux), seul le traitement à l’eau chaude effectué dans les conditions préconisées dans le traitement du phytoplasme de la flavescence dorée (45 minutes à 50°C) a montré des résultats intéressants. Cependant, il n’est peut être pas suffisant pour contrôler les maladies du bois car certains champignons y restent insensibles. De nouveaux produits, déjà utilisés pour la désinfection des denrées alimentaires et dont l’efficacité sur l’élimination des champignons impliqués dans les maladies du bois a été démontrée en laboratoire sont en cours de test.

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En savoir plus sur l'Esca et les maladies du bois
 
 
V’Innopôle - BP 22 Brame-Aïgues - 81310 Lisle sur Tarn - Tél : 05.63.33.62.62 - fax : 05.63.33.62.60 - liliane.fonvieille@vignevin.com
 
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